De Battambang à Siem Reap
Battambang est la deuxième plus grande ville du Cambodge. Mais à notre arrivée dans cette ville, nous avons constaté que nous sommes bien loin des grandes mégalopoles ! Une ville plutôt petite, encastrée dans le monde rural. La ville fut fondée au XIème siècle, mais fut très vite occupée par les siamois (thaïlandais actuels). Ce n’est qu’au début du XXème siècle que Battambang retrouva le pays de ses fondateurs : le royaume des Khmers.
La région de Battambang est malheureusement la province cambodgienne la plus minée. Les mines anti personnelles au Cambodge sont un problème énorme, déchirant chaque jour des dizaines de familles.
On estime à 10 millions, le nombre de mines encore enfouies dans le sol cambodgien. Les statistiques sont accablantes, c’est pas moins de 300 personnes qui sautent chaque mois sur une mine ! Pour la plupart, il s’agit de paysans cultivant leur champ. Les prévisions des experts annoncent qu’il faudra 70 ans pour nettoyer le Cambodge de tous ces explosifs. En attendant, des panneaux rouges à tête de mort sont visibles là où la présence de mines est identifiée. On peut également voir des panneaux interdisant l’usage de pelleteuse et autre engin « fouisseur » dans les zones où le risque est extrême.
On ne peut s’empêcher d'avancer une réflexion. Pourquoi faudrait-il attendre 70 ans pour voir le pays entièrement déminé ? Les pays riches savent débourser des milliards de dollars pour envoyer leurs armées faire la guerre pour la soit disant sécurité des peuples. Les gouvernements financent des armées qui sont cantonnées dans des casernes « au cas où » ! Pourquoi ne voit-on pas les troupes des pays riches venir en aide au Cambodge en envoyant leurs soldats avec la mission de déminer le pays ? Cela doit couter surement moins cher que des avions bombardiers ou des missiles ravageurs, et cela permettrait surement de sauver plus de vies… Et oui si l’on fait le calcul : 300 victimes par mois donnent 3600 victimes des mines par an. Etant donné que les mines devraient envahir le sol pendant 70 ans, cela fera environ 250 000 victimes des mines anti-personnelles! Cela compte juste le nombre de victimes, sans prendre en compte le nombre de cambodgiens qui en souffrent sans sauter sur un explosif : pour un agriculteur qui décède ou qui est gravement mutilé, c’est toute la famille qui est en péril au-delà du chagrin provoqué par l’accident. Qui va continuer les travaux agricoles qui permettent à toute une famille de survivre ?
Certains diront que c’est une vision de Bisounours, pour nous, ce n’est pas une idée utopique. Pourquoi les responsables de ce désastre ne sont pas assignés par les autorités internationales pour nettoyer le pays de leurs saloperies ? (Nous n’avons pas accusé les américains !) Mais malheureusement les grands chefs ne prennent pas de décision en fonction des peuples, mais en fonction de lobby plus ou moins juteux… La preuve en est que la seule zone entièrement sûre du pays est le site des temples d’Angkor, haut lieu de pèlerinage touristique… A bon entendeur… !
Mais pas d’inquiétude à notre sujet ! Nous nous abstenons de toute aventure en dehors des routes, et même le petit pipi se fait depuis le bord de la route, pas question d’aller se faufiler au milieu des arbres et des broussailles, le risque étant trop important.
Battambang fut l’occasion pour nous de récupérer, après ces 4 jours de vélo. Le genou de Pit a bien souffert, et nous avons eu 3 jours pour faire disparaitre un épanchement, chose faite maintenant ! Pour Mich’ il a fallu réordonner son appareil digestif, chose faite également !
Ce fut également l'occasion de faire une nouvelle expérience culinaire : la chauve-souris au barbecue !!! Pas très nourrissant, mais ce n'est pas mauvais !
Nous avons loué une mobylette pour visiter les environs de la ville, une campagne très belle renfermant des temples çà et là. Nous en avons visité deux. Le premier fut le Phnom Sampheou, une colline sur laquelle sont juchés des temples bouddhistes. Nous y trouvons également deux ossuaires datant du régime Khmer rouge. Sur la colline, des grottes ont servi à perpétrer quelques massacres, les détenus étant précipités du haut du gouffre…
Le deuxième temple que nous avons visité fut le Prasat Banon. Un sanctuaire brahmanique du XIème siècle perché sur une colline. L’accès s’est fait par un énorme escalier vertigineux. Et exemple de la pollution des mines anti-personnelles, tout le long de l’escalier, des panneaux indiquent la présence des engins explosifs dissuadant de toute escapade en dehors des sentiers !
Nous avons repris la route mardi (13/03). Nous avons parcouru 120 kilomètres ce jour-là ! Nous avons terminé la nationale 5 que nous aurons parcouru dans sa totalité, et nous nous sommes engagés sur la nationale 6. Cette dernière est en meilleure état mais moins belle… Nous avons réussi à trouver une guest house dans un village à 56 kilomètres de Siem Reap. Et déjà, les signes de l’industrie touristique se sont fait ressentir. Les prix doublent ou triplent sans justification. Mais lorsque nous expliquons que nous parcourons le pays à vélo et que nous commençons à avoir des références par rapport aux prix, bien souvent les commerçants accepetent de baisser les prix…
Le lendemain nous avons eu quelques difficultés à parcourir les 56 kilomètres restants. La fatigue de la veille s’ajouta à un vent de face plutôt soutenu. Mais à midi et demi, nous prenions possession d’une chambre bien agréable à Siem Reap.
Nous restons 4 jours à Siem Reap, ils seront à découvrir dans le prochain article.
A très vite
P& M
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