Les temples d'Angkor
Qui n’a jamais entendu parler de ce complexe gigantesque de temples Khmers ? Et pourtant cette cité fût longtemps tombée dans l’oubli, surnommée alors la cité perdue.
L’histoire commence en l’an 802, lorsque le roi Jayavarman II décida de déplacer la capitale du royaume khmer à Angkor (Roluos plus précisément). Durant 600 ans, les rois vont se succéder et à chaque règne correspondra la construction de nouveaux édifices. La civilisation Angkorienne fût abandonnée en 1431 à la suite de 200 ans de guerre avec le peuple siamois, les actuels thaïlandais.
Les archéologues émettent une hypothèse qui pourrait expliquer la chute d’une cité parmi les plus grandes que la Terre ait connu. Les khmers avaient su développer une maitrise de l’eau parfaite. Des immenses bassins furent creusés dans la cité, des canaux, des barrages, des digues…etc. Ces installations permettaient à pas moins de 750 000 personnes de vivre dans la cité d’Angkor. Mais les guerres contre les siamois auraient rendu difficile l’entretien de ce fabuleux réseau hydraulique. Si l’on ajoute à cela une possible mauvaise mousson, cela pourrait expliquer l’abandon de cette cité.
Durant le XVème et XVIème siècle, des moines bouddhistes ont envahi le site, modifiant certains bâtiments (tel le Baphuon), avant à leur tour de laisser tomber le site.
Ce n’est qu’en 1861, qu’Henri Mouhot redécouvre la cité perdue, avalée par la jungle ayant poussé au milieu des pierres durant 400 ans, la nature reprenant ses droits. Mais la redécouverte ne fut pas un hasard, des écrits existaient depuis le XIIIème siècle, sur la présence de la cité, notamment ceux d’un chinois ayant vécu à Angkor un an en 1297.
Depuis, les archéologues et architectes se relayent sur les nombreux sites, afin de redonner vie à ce lieu. Un travail de titan, les monuments ont étés mis à terre par les fromagers et autres ficus, laissant les centaines de milliers de pierres au sol. Il s’agit donc d’un puzzle géant en 3D que les scientifiques s’efforcent depuis 1900 (année de création de l’Ecole Française d’Extrême Orient) à résoudre.
Durant le régime Khmer rouge, le site fut interdit d’accès, excepté aux pilleurs bien sur…
Depuis 1992, les ruines sont inscrites au Patrimoine Mondial de l’Humanité à l’UNESCO. Ce classement est une véritable récompense pour les équipes en charge de la conservation des pierres, Angkor étant classée auparavant sur la liste du patrimoine mondial en péril.
La cité d’Angkor est située à 10 kilomètres de la ville de Siem Reap, capitale de la province du même nom. La ville ressemble à un dortoir géant pour les milliers de touristes qui viennent chaque jour découvrir les ruines. La ville est traversée par la rivière Siem Reap, qui se jette dans le lac Tonlé Sap. Des dizaines de marchés de nuit s’animent dès 16 heures pour accueillir les touristes revenus des sites historiques. La ville compte également une rue de la soif, où l’Happy Hour est exceptionnellement à toute heure, tous les jours ! Bien sûr, cela est vendu comme un évènement extraordinaire, mais ne nous plaignons pas, c’est l’occasion de boire une bonne Angkor Beer pression à 0,50 dollars !
Bien sur cette rue se situe juste à côté de la rue des restaurants, et de la place pour les vrais-faux restos trottoirs ! Le soir la ville s’illumine façon Disneyland, les chauffeurs de Tuk Tuk tentent de conclure avec les touristes, pour les amener le lendemain visiter les temples.
Voyageant en vélo, nous n’avons pas besoin de leurs services, et Mich’ usa d’humour pour refuser les dizaines de « Hello, Tuk Tuk ? », en répondant « No, Foot Foot ! ». Il faut avouer que les chauffeurs ne comprennent pas tous l’anglais, mais nous ne serons pas surpris de voir un jour cette blagounette rejoindre les autres phrases cultes apposées sur les tee-shirts vendus sur les marchés : « No Tuk Tuk today and tomorrow » ou « No massage, no Tuk Tuk, no money » !
Les marchés nous ont également donné l’occasion de donner quelques conseils aux vendeuses en ce qui concerne l’approche du touriste ! Leurs méthodes étaient plutôt agressives, comme on les a connues au Vietnam : « Buy something ? » « You Buy ? » « What you buy? », des approches pas très agréables et pas très vendeuse, alors qu’un « bonjour » « comment allez-vous ? » « Puis je vous aider ? » sont quand même plus douces ! Et curieusement, nous retrouvons ce comportement des vendeuses seulement dans les lieux forts touristiques. L’hyper-concurrence pousse les gens à faire n’importe quoi…
Les journées de jeudi et vendredi (15 et 16 mars) ont été consacrées à la découverte des vestiges angkoriens. La première journée, nous avons visité le plus grand des temples : le temple d’Angkor Wat. Il s’agit du plus grand édifice du complexe d’Angkor. C’est le monument le plus célèbre du Cambodge. Nous le retrouvons partout dans le pays, sur le drapeau national, les bières, les souvenirs…etc. A l’origine destiné au culte hindouiste de Vishnu, il est de nos jours un lieu de vénération de Bouddha. Le temple est bâti sur 3 étages, et ses pierres sont quasiment toutes sculptées. Les sculptures sont d’une extrême finesse, représentant le ramayana, la vie du roi, des scènes de cultes hindouistes, ou tout simplement de ravissantes apsaras, ces danseuses à la grâce royale.
S’en est suivi la visite du Bayon, un temple avec 54 tours. Chaque tour est faite de 4 visages orientés dans les 4 points cardinaux. A l’époque, les 54 tours représentaient les 54 provinces du royaume et dans chacune d’elle un bouddha y était vénéré. Les visages sont celui du roi Jayavarman VII, symbolisant son regard sur le royaume.
En deux jours nous avons vu pas moins de 20 temples et nous avons pu décrypter bon nombre de bas-reliefs. Le site est vraiment très agréable, encore plus parcouru à vélo. Pour le midi, nous avons pris un pique-nique le matin au marché, afin de ne pas avoir à se perdre dans les centaines de resto sur le site ! (« Hello sir, what you eat ? » « Eat something madame ? » “fresh coconut, drink something ? ” hélés sur les parkings : de vraies poissonnières !). Angkor est un incontournable du Cambodge, et surement une des visites les plus intéressantes d’Asie du sud-est…on vous redira ça dans 3 mois !
Côté négatif, on regrettera l’affluence touristique, notamment les groupes, qui parasitent énormément les sites. Quand trois ou quatre groupes se suivent dans un temple, nous avons un peu de mal à trouver notre place dans les ruines, sans parler du bruit occasionné et du non-respect de l’autre vis-à-vis des photos. Nous faisons constamment attention à ne pas stagner dans le champ d’une photo en cours…ce n’est pas le cas de tout le monde malheureusement.
Ensuite au niveau de la restauration et de la préservation, nous avons regretté que les ruines soient totalement dégagées de la végétation. Nous nous attendions à la cité perdue, avalée par la jungle, mais seul un temple est encore légèrement envahi par des fromagers. On comprend le souci de conservation, mais cela enlève du mythe à cette ville oubliée…
Enfin, la restauration n’est pas toujours très crédible… Des réassemblages de pierres ne sont pas cohérents, des sculptures ou des lignes ne se suivent pas sur un même pan de mur. En soit pas de réel souci pour le visiteur, mais ces pierres qui sont utilisées pour reformer coute que coute un mur manqueront forcément lorsque l’on remontera leur mur d’origine…
Le samedi, nous avons renoncé à partir sur les bords du lac Tonlé Sap. Il faut savoir que la gestion commerciale du lac a été confiée à une compagnie sud-coréenne. Le visiteur doit s’acquitter d’un droit d’entrée à l’occasion d’un péage sur la route, et ensuite, il doit contracter les services des bateaux de la société. Un business ignoble fait sur le dos des habitants des deux villages proches de Siem Reap. La visite se résume donc à du voyeurisme d’un peuple qui ne peut que se lamenter que son gouvernement ait confié la gestion de leur village à cette société bien lucrative, alors qu’il souffre d’une extrême pauvreté et qu’il ne voit pas la couleur des capitaux étrangers. C’est donc un choix personnel, nous avons préféré renoncer à cette visite afin de ne pas encourager cette entreprise.
Nous avons préféré nous faire une partie de pêche, certes peu fructueuse (2 gardons !),mais bien agréable sur les bords de la rivière Siem Reap.
Nous avons repris la route dimanche matin après trois jours très agréables. Nous avons parcouru plutôt rapidement 98 kilomètres jusqu’à Stoung, un gros village « étape » et enfin hier (lundi 19) nous avons pédalé les 51 kilomètres qui nous séparaient encore de Kompong Thom, ville étape de deux jours pour découvrir les ruines de Sambor Prei Kuk.
A très vite
P & M