Premiers pas cambodgiens à Phnom Penh
Nous sommes arrivés dans la capitale cambodgienne samedi en fin de journée.
L’arrivée dans ce pays ne peut laisser Pit indifférent. Le Cambodge fût le pays de son père et de ses grands-parents paternels. C’est ce pays qui a vu se construire les souvenirs de famille des deux générations avant lui. Ce n’est qu’en 1970 que la famille est arrivée en France…
A Phnom Penh nous avions eu connaissance d’une adresse d’hébergement vers le marché central, mais ce fut une déception. La réalité ne nous a pas parue très fidèle à la description faite. Après avoir sillonné le centre-ville pendant une heure, à pieds bien sûr, nous nous sommes rabattus sur un hôtel « backpackers », que nous avons quitté dès le lendemain matin, trop bruyant et trop onéreux pour le confort proposé.
Une fois réinstallés, bien cette fois-ci, nous nous sommes plongés dans la page noire de l’histoire cambodgienne : le « Kampuchéa Democratique ». Il s’agit des 5 longues années de dominations Khmers Rouges. Pour comprendre l’origine de ce mouvement, il faut revenir un petit peu en arrière.
En 1955, le roi Sihanouk lance le programme du Sangkum, un plan de modernité, d’ouverture au monde et de développement. Au début des grands changements, le roi accumule les succès. Mais le manque de cadres, la corruption des fonctionnaires, les révoltes étudiantes vont petit à petit déstabiliser la royauté. Les américains soutiennent la droite locale, tandis que les Khmers Rouges investissent les rangs de la gauche.
En 1970, le roi au pouvoir est victime d’un coup d’état, lors d’un déplacement à Paris. Le chef d’état-major Lon Nol, aidé des américains qui font destituer le roi par les deux assemblées du pays, prend le pouvoir, les américains voulant ainsi chasser les Viet Cong installés dans l’est du Cambodge. Les Khmers Rouge, avec à leur tête Pol Pot, enrôlent une partie du peuple cambodgien, et s’associent aux troupes royalistes. Les américains vont alors bombarder le Cambodge avec un acharnement inhumain. Ces évennements expliquent le retour en France, la même année, de la famille paternelle de Pit.
En 1975, les américains battent en retraite, le conflit ayant fait 700 000 morts du coté cambodgien. Le 17 avril les Khmers Rouges prennent Phnom Penh. Le Cambodge bascule alors dans le régime le plus sanglant que la planète ait connu. Naturellement, les Khmers Rouges tournent le dos à la royauté avec laquelle ils s’étaient « associés ». Commence alors un génocide, où tortures et exécutions de masses régnaient en maitre. Pol Pot entretient un régime mégalomane délirant. Pour les Khmers Rouges, les intellectuels, religieux et opposants étaient contraires aux principes. Les villes ont toutes été entièrement vidées (car symbolisant le capitalisme), en exilant leur population en campagne. La vie de famille est abolie : les enfants étaient retirés de leurs parents pour faire des travaux forcés. Vous portiez des lunettes : vous étiez considéré comme un intellectuel, vous étiez donc torturé jusqu’à ce que vous acceptiez cette qualification, et donc ensuite vous étiez exécuté. Les pagodes ont étés saccagées, les représentations de bouddhas également ; les écoles et universités fermées. Durant ces 5 ans, c’est 2 000 000 de cambodgiens qui ont été tués. Mais les bavures des Khmers Rouges sur le territoire vietnamien et leur haine raciale envers les viets ont causé leur perte et la délivrance du pays. En effet, fin décembre 1978, les vietnamiens sont entrés en guerre contre les Khmers Rouges. En 1979, le régime de Pol Pot est tombé (mais continuera d’exister jusqu’en 1998, année de la mort du monstre). S’en suivra une dizaine d’années de guerre en plus, où les Khmers Rouges se rallient une nouvelle fois au roi pour chasser les vietnamiens, nous sommes en 1989. Toutes ces années de guerre offrent un triste record au Cambodge : celui du pays le plus bombardé au monde depuis la seconde guerre mondiale. En chiffres cela donne 539 129 tonnes de bombes.
Mais durant le régime de Pol Pot une école à Phnom Penh n’avait pas réellement fermé, l’école Tuol Sleng, construite sous le protectorat français, fut réhabilitée en une triste prison : la S-21. Aujourd’hui, ce centre de torture est devenu un musée,que nous avons visité. Dans cette prison, 14 000 personnes y ont trouvésla mort. On ne vous cache pas que la visite est plutôt glaçante et nous ne comprenons toujours pas les panneaux qui interdisent de rigoler : quelle personne normalement constituée peut rire devant de telles horreurs ?...
Il faut savoir que durant ce régime sanguinaire, le pays a sombré dans la misère. Les représentants ont donc cherché des responsables de cet échec au sein même de leur troupe. Et ces partisans furent torturés à S-21 également. C’est là le reproche que l’on peut faire au musée. Il n’y a pas de distinction entre les victimes étrangères au parti et celles du règlement de compte interne… Certes il s’agit dans les deux cas de victimes, mais n’y a-t-il pas une différence ? Peut-on éprouver les mêmes émotions dans ces deux cas de figure ? Toujours est-il que c’est une visite que nous conseillons grandement. Des centaines et des centaines de visages de prisonniers sont exposés. Est-ce par sadisme ou pour mémoire, mais les Khmers Rouges ont entièrement documenté leur génocide. Chaque détenu était donc pris en photo, ces photos reflétant l’angoisse, la peur, la tristesse, la haine des détenus…
La journée du dimanche s’est achevée par la visite du marché central, un immense marché de fruits, poissons, légumes, viandes, souvenirs, bijoux…etc Il y a de quoi voir.
Lundi, un objectif : l’achat de bicyclettes ! Nous avons croisé sur notre route vietnamienne, deux routards qui avaient acheté des bicyclettes à Siem Reap et qui ont parcouru le Cambodge et nous ont conseillé cette expérience. Nous nous sommes dit pourquoi pas ?!
Nous avons d’abord cherché au marché russe, un marché tant loué par le « petit-futé » ! Mais le marché ne nous a pas charmé, un amas de tôles et de bois, étouffant et peu coloré, et on peut y oublier les douces odeurs parfois humées sur les étals…
C’est rue 105 (pour ceux qui en aurait envie !). Plusieurs magasins proposent des vélos d’occasion. Il doit s’agir de vieux vélos qui sont retapés, mélangés, réassemblés, pour qu’au final le mécano puisse en avoir quelques-uns à vendre en bon état. Il nous a fallu beaucoup de temps pour trouver notre bonheur dans les rangées de biclowns ! Et étant donné que nous en voulions deux, il fallait s’arranger pour les trouver chez le même vendeur afin de faciliter les négociations.
Nous avons finalement trouvé notre bonheur qui risque de rendre jaloux nos grands parents ! Deux beaux vélos japonais de ligne hollandaise, sans vitesse, mais avec en compensation un très beau panier et une jolie sonette !
Le lendemain (mardi 6/03) fut la découverte de l’univers royal. Notre avis sur le palais royal n’est pas des plus élogieux. Les bâtiments sont splendides certes, mais nous ne voyons rien de la visite ! Tout est « restricted area » et au final en sortant de l’enceinte du palais, on a juste l’impression d’avoir vu ce que l’on voit de la rue, sans avoir à regarder à travers la grille !
La visite est couplée avec la visite de la pagode d’argent, plus agréable déjà, même s'il faut braver les vigils pour soulever les tapis et pour admirer les pavés d’argent massif qui recouvrent le sol !
Ensuite, nous sommes allés au musée national. Le contenu des salles peut plaire ou non, tout dépend des points d’intérêt de chacun. Notre guide nous vendait ce musée comme un musée d’histoire cambodgienne de la préhistoire à nos jours. En réalité il ne s’agit que de la période pré-angkorienne et angkorienne. Et en grande majorité nous ne voyons que des statues de pierres, toujours représentant des divinités bouddhistes… ca plait ou ca plait pas…. Mais pour le bâtiment, il faut voir ce musée : le grand bâtiment est rose, entouré d’un petit jardin, et renfermant entre ses 4 ailes un beau patio.
Le soir nous avons mangé sur les bords du Tonlé-Sap, une cuisine divine, qui nous rassure sur le niveau culinaire cambodgien. Nous avions eu écho d’une grande cuisine, mais nous ne l’avions toujours pas découverte. La cuisine du trottoir, contrairement au Vietnam, ne relève pas d’une grande gastronomie. Mais ce soir-là, nous avons changé d'avis : il faut juste savoir où découvrir cette cuisine !
Autre chose qui change du Vietnam, ce sont les gens. Ils ont le sourire accroché sur leur visage du matin au soir. Il n’y a pas de négociation à tout bout de champ pour un oui, pour un non. Il y a des tarifs étrangers au Cambodge, mais ils sont clairement indiqués sur des panneaux, comme nous avions connu en Amérique du sud. Les choses sont claires.
En revanche, niveau budget, Phnom Penh coûte cher. Il y a deux monnaies au Cambodge : le Riel (l’officiel) et le Dollars US. Les deux sont complètement mélangées, tout autant utilisées l'une que l'autre. Pour vous rendre 8000 Riels, on peut vous en rendre 4000, et le reste en dollars !!! Nous refusons systématiquement les dollars, que nous n’utilisons pas. C'est un choix personnel, mais pour nous les USA sont déjà suffisamment présents autour de nous, alors pas la peine d’en rajouter en sabotant une monnaie nationale avec leurs papelards !
Au final nous avons eu une bonne première impression du pays et de sa population. Pourvu que ça dure !
A très vite
P&M