Sabaï Dee Pi Maï !
On vous en parlait dans le dernier article, le nouvel an laotien bat son plein pour notre plus grand bonheur !
Nous avons enfin réussi à quitter Paksé, on n’y croyait plus, mais jeudi nous sommes remontés en selle ! Nous avons pris soin, avant de partir, de déjeuner chez la même dame qui nous a accueillis chaque matin à Paksé. Nous n’avions plus besoin de commander, elle savait qu’une soupe avec un bol de riz pour nous deux nous faisait plaisir ! Et heureusement que l’on a bien petit déjeuné, car la suite des repas s’est vite dégradée !
Nous savions que nous étions à 241 kilomètres de Savannakhet. En conséquence, nous avions programmé de faire la route en deux jours. Deux stratégies étaient possibles : rouler le maximum de kilomètres le premier jour pour réduire au plus la deuxième journée, ou assurer 100 kilomètres et privilégier ensuite l’hébergement. En faisant 100 kilomètres, la journée du lendemain était à notre portée (140 km) et nous ne prenions pas le risque de nous retrouver sans toit sur la tête.
Car pour le Laos, nous sommes encore avec le « Petit Futé ». Nous le déconseillons fortement, il n’y a rien dedans, les provinces sont résumées à la seule grande ville qui la gouverne et rien d’autre. Du coup, nous n’avions aucune idée de ou trouver refuge entre Paksé et Savannakhet, le guide occultant complètement cette zone. Nous avions choisi de voyager à nouveau avec le Petit Futé car il y a beaucoup d’informations sur le pays contrairement au Routard. Mais les adresses d’hôtels, de restos, et de promenades sont bien souvent véreuses et les plans des villes sont erronés… bref on ne le conseillera pas pour le Laos !
Le midi, nous avions fait tout naturellement une pause déjeuner. Mais à la campagne au Laos, il n’est pas évident de se restaurer et encore moins d’un repas consistant. C’est bien souvent des soupes de nouilles qui sont proposées, très bonnes, mais bien trop légères à notre goût. Les cuisinières se sont malgré tout démenées pour nous faire un service parfait, nous apportant des pichets d’eau glacée à volonté, surement apeurées de nous voir tout rouges et tout transpirants !
C’est à 111 kilomètres que nous avons trouvé refuge, à la sortie de Lakhonpheng, un village qui doit compter 2000 âmes tout au plus. La guest house était très simple, mais nous disposions d’une terrasse bien agréable pour nous reposer.
Le soir nous nous sommes méfiés et nous sommes partis chercher à manger dès 18h30. Manque de bol, tout était déjà fermé, seul un petit resto était encore ouvert, mais n’avait plus que du riz et des œufs. Une assiette de riz après autant de kilomètres, ça ne fait pas lourd pour recharger les batteries pour le lendemain.
Quelques gâteaux secs pour le petit déjeuner et c’était reparti vendredi. Nous étions le 13, le jour officiel du nouvel an laotien. Nous sommes donc entrés dans 3 jours de festivités intensives. La route fût très dure, nous avons énormément souffert de la mauvaise nutrition depuis 24 heures. La route ne faisait que monter et descendre, sous une chaleur à crever. Nous étions plutôt à bout de force.
C’est peut-être ce qui explique une réaction regrettable de notre part ! Le nouvel an correspond à la fête de l’eau. Au long des routes, des gens (majoritairement les enfants) arrosent abondamment tous ceux qui passent à leur portée. Seulement sur les vélos nous avions nos sacs, avec l’ordinateur, les papiers et tout ce qui n’aime pas l’eau. Nous nous sommes fait trempés par une bande d’enfant et tous les sacs par la même occasion. Nous avons mal pris la chose, allant même jusqu’à ronchonner comme des rabat-joie…
L’évènement a refait rapidement le tour de nos têtes durant les kilomètres suivants, et nous avons compris notre bêtise. La fête de l’eau est inévitable, il y règne une ambiance très bon-enfant. Il ne s’agit pas d’éviter l’eau, il suffit juste que l’on protège nos affaires sensibles ! C’est ce que l’on a fait et la suite de la route a été bien plus agréable ! Il devait faire 40 degrés, alors se prendre un bon seau d’eau fait vraiment du bien !
Cela ne nous a pas empêchés de lutter physiquement jusqu’à la pause déjeuner. Et devinez ce que l’on a mangé ? Une soupe de nouilles ! C’était à 33 kilomètres de Savannakhet. Les kilomètres suivants ont été géniaux. Nous nous faisions arrêter sur le bord de la route pour nous faire arroser, nous mettre du talc sur les joues, on nous offrait régulièrement un verre de bière bien fraiche ! C’était vraiment amusant. Nous faisions également l’effort de traverser la route sur le trottoir opposé car la discipline n’échappe pas à la fête : par souci de sécurité évident, aucun piéton ne traverse la route.
A 9 kilomètres, on nous a tendu une embuscade ! Un groupe de jeunes faisant la fête nous ont fait signe de traverser pour venir les voir. Nous y sommes allés pensant se prendre une bonne douche et puis c’est tout ! Mais non, ils nous ont conviés à leurs festivités, toujours pareil : de l’eau, de la musique, du talc et de quoi boire et manger !
Ce fut toujours aussi drôle et toujours aussi hallucinant de voir avec quelle gentillesse le laotien sait accueillir l’étranger chez lui. Quand un laotien vous prend sous son aile, il ne peut rien vous arriver. Il s’occupe de tout, veille à ce l’on ne manque de rien et ce jusqu’au bout.
Ils nous ont aidés à reprendre la route en nous faisant retraverser la nationale, en nous arrosant de « bye bye » et de signes de la main.
Une fois dans Savannakhet même, ça a été le gros n’importe quoi. Imaginez-vous débarquer dans une ville inconnue en vélo, après 130 kilomètres. Vous déboulez sur une avenue noire de monde, où tout le monde danse, boit et participe à une bataille d’eau géante !!!
Voilà le tableau de notre arrivée à Savannakhet ! On a bien fait rire les réceptionnistes de l’hôtel ! Trempés jusqu’aux os, du talc de partout et surement les yeux bien pétillants de bière !
Le soir fut l’occasion de mettre toutes nos affaires à sécher : vêtements, billets de banque, sac de couchage…etc.
Cela a aussi été l’occasion de savourer la réussite du pari que nous nous étions lancés mutuellement. Nous avions acheté les vélos à Phnom Penh en se défiant de les amener jusqu’à Savannakhet, et de parcourir 1 500 kilomètres avec. C’est chose faite, nous sommes à Savannakhet et on a parcouru 1583 km.
Nous nous sommes impressionnés l’un l’autre d’avoir été capable d’avaler toutes ces journées de vélo. Nous avons croisé d’autres cyclotouristes sur la route, qui n’en revenaient pas de nos montures. Nous passons pour des fous aux yeux des occidentaux et des locaux. Nous aussi par moments on réalise que notre défi est fou. Pit voit Mich’ comme une grande malade et vice versa ! Nous ne savons toujours pas quelle idée nous est passée par la tête ! Mais nous nous plaisons en selle, cela permet vraiment de découvrir le pays d’un autre angle, et nous ne nous arrêterons pas là ! Nous rallierons Vientiane la capitale laotienne, cela fera environ 2000 kilomètres, nous les laisserons ensuite se reposer dans les mains d’un nouveau propriétaire !
La journée de repos de samedi avait commencé de façon bien reposante, mais le midi en rentrant d’avoir déjeuné au marché, un groupe de 4 laotiens attablés dans un restaurant nous ont appelés, nous proposant de nous joindre à eux. Nous avons accepté l’invitation et avons passé toute l’après-midi à rigoler avec eux, jouer avec l’eau, siroter quelques verres et déguster quelques spécialités laotiennes.
La nourriture lao est plutôt bonne, mais certains plats sont immangeables pour nous car trop pimentés. On n’est pas fragile sur le piment pourtant, on en consomme beaucoup, mais nous sommes de vulgaires amateurs comparés aux laotiens.
Encore une fois, tout nous est offert, personne ne veut que l’on paye quoique ce soit. Nous avons tout de même réussi à feinter avec une serveuse pour payer une addition, enfin !
Du coup nous repoussons notre départ vers Thakek (notre prochaine étape) d’une journée. Nous voulons profiter d’aujourd’hui dimanche, le dernier jour de festivité. Nous allons retrouver cet après-midi nos amis de la veille afin de repasser un bon moment pour Pi Maï !
A très vite pour la suite de la route !
P & M