La Pâques à Paksé !
Nous en étions au vendredi 6 avril, ça date un peu, mais nos journées ont étés plutôt bien remplies !
Paksé est la capitale de la province de Champassak. C’est la province la plus au sud du Laos, bordée à l’ouest par la Thaïlande, et au sud par le Cambodge. La ville fut fondée au début du XXème siècle par les français, durant le protectorat. C’est une ville sans prétention, plutôt calme, sur les bords du Mékong et de la rivière Sédong.
Il nous a fallu tout d’abord récupérer de la longue étape en vélo de la veille. Pour cela, nous sommes restés à Paksé et avons profité du marché. Il n’est pas très grand, mais on y trouve de beaux fruits et notamment des mangoustans (pour les connaisseurs !) à des prix inférieurs à ceux du Cambodge. C’est peut-être la seule chose la moins chère d’ailleurs ! Au Cambodge, l’étalon était le dollar (ce qui correspondait à 4000 riels) et donc un plat coutait souvent 1 dollar. Au Laos, le dollar n’est plus le maitre, la référence c’est le billet de 10 000 Kips. Mais 10 000 kips, c’est 1 euro, pas 1 dollar… Du coup, bien que cela reste bon marché, l’addition monte plus vite en fin de journée. L’hébergement n’est plus en dollar, au lieu de payer 7 dollars la nuit, nous payons 7 euros en gros. La nourriture est surement la plus grosse des dépenses. Les étals de marché ne sont pas donnés. Un Lap avec du riz gluant et une bière, c’est 6 euros pour nous deux. Naturellement, cela reste largement abordable, mais nous voyons la différence chaque jour.
Le Lap, c’est le plat national. Chaque cuisinière a sa recette, mais il est en général toujours bien savoureux. Il s’agit de viande de porc, bœuf, poulet ou poisson, hachée ou finement émincée. La viande est ensuite revenue et assaisonnée de citron, de menthe fraiche ciselée et de piment (et parfois de pousses de soja ou de citronnelle, c’est selon !). Il se mange avec du riz gluant servi dans un petit panier en vannerie. Le riz gluant c’est le pain laotien, on le mange avec les doigts, c’est nourrissant et il permet d’éteindre le feu que le piment a mis dans la bouche ! Parce qu’au Laos, le piment, on en mange ! Nous sommes pourtant bien habitués à en consommer, mais pas en quantité laotienne. Ici c’est matin, midi et soir et à forte dose. De ce fait nous ne savons plus vraiment si c’est le vélo ou le piment qui nous fait mal aux fesses ! Le piment est très fort, plutôt parfumé, mais notre préférence reste au piment guyanais pour son parfum si bon !
Il a aussi fallu s’organiser pour découvrir le plateau des Bolovens. Et là pour le coup, on s’est plutôt mal débrouillés.
Nous avons loué une mobylette pour trois jours. (5 euros la journée, plus l’essence à 1,15 euros le litre). Samedi, nous sommes partis sur Champasak. Et oui, nous ne nous y étions pas arrêtés en vélo, mais nous comptions quand même nous y rendre. Nous y avons découvert le temple de Vat Phou, un temple khmer classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Le temple en lui-même n’a rien d’extraordinaire : il se constitue de deux pavillons en ruines, et le sanctuaire en lui-même n’est pas très bien conservé. Pourtant le site est financé par bon nombre de pays comme l’inde, le japon, l’Italie et la France. La France, par exemple, y a redistribué un million d’euros de nos impôts ! Mais cela ne nous empêche pas de payer un tarif étranger… quand les laotiens ne paient pas !
Le site est construit à flanc de colline, et l’ascension au temple se fait par bon nombre d’escaliers très raides. Les efforts sont récompensés par une superbe vue sur la vallée du Mékong. A cet endroit, le fleuve est enclavé dans les collines laotiennes. Seules les rizières séparent le Mékong de la roche. Le fleuve en cette saison dévoile de nombreuses iles et offre de jolis bancs de sable propices au repos !
Nous avons conclu cette très belle journée dans un restaurant qui paraissait prometteur… mais nous ne nous étions pas aperçus que c’était un restaurant vietnamien (la frontière n’est pas loin, tout comme le territoire thaïlandais)! Nous n’avons pas tardé à nous en rendre compte : le service fut des plus désagréables et la cuisine minable pour des prix élevés et bien sûr l’erreur d’addition : la classique vietnamienne !
Le dimanche il n’y avait pas de chocolat au pied du lit ! Les cloches n’ont peut-être pas réussi à avoir le visa ?! Du coup, nous avons fait nos sacs et on est parti ! Juste pour une nuit ! Et c’est toujours à mobylette que nous avons entamé la découverte du plateau des Bolovens.
D’une hauteur maximale de 1716 mètres, le plateau des Bolovens offre de belles richesses naturelles. De nombreuses cascades sont en effet à découvrir, de très beaux paysages montagneux s’offrent à nous, et de belles forêts résistent encore aux pressions humaines.
Le Laos souffre aussi de la pression économique du Vietnam, de la Chine et de la Thaïlande. Mais les dégâts ne sont pas encore à l’ampleur de la province cambodgienne du Ratanakiri. Les accès aux chutes d’eau sont déjà malheureusement privatisés, et ce sont des groupes hôteliers qui les gèrent. Ce concept est bien différent de ce que l’on connait en France, la nature se vend avec des tickets d’entrée et des tickets de parking… on essaie de trouver de l’argent par tous les moyens… Ils seraient bien surpris d’apprendre qu’en France un parc national est gratuit, une cascade ou un point de vue également.
Nous avons admiré deux jolies cascades mais nous n’avons pas eu la possibilité de nous y baigner. La suite de la journée s’est vite gâtée avec l’arrivée de la pluie. Une pluie interminable s’est mise à tomber alors que nous venions de nous engager sur une piste en latérite depuis 20 kilomètres. Nous avons rebroussé chemin en évitant les glissades, la piste étant devenue rapidement extrêmement boueuse et glissante. Plus raisonnablement nous avons choisi de rejoindre Sékong, l’objectif du jour, par la route goudronnée. Cela nous a occasionné un bon détour et nous n’avons atteint le village de Sékong que peu avant 19 heures, après avoir roulé la dernière demie heure de nuit. Nous avons eu très froid sur le deux-roues, car nous étions mouillés, à 1 200 mètres d’altitudes et que forcément en roulant, on génère du vent !
Lundi, nous avons voulu voir une cascade dont notre guide faisait un sacré éloge (Tok Takamok). Au final, nous avons dû emprunter une piste défoncée, ce qui nous a pris trois heures pour faire l’aller-retour, le tout en ayant observé la cascade 3 minutes depuis un chantier, la cascade n’étant pas accessible.
Une fois revenus sur nos pas à Sékong, la pluie nous a à nouveau accompagnés ! Pourtant la saison des pluies n’était censée commencer qu’en mai… Nous avons donc renoncé à notre itinéraire initial qui devait nous faire faire une boucle, et nous sommes revenus sur nos pas de la veille. En route, nous nous sommes arrêtés chez un producteur de café. En effet le plateau des Bolovens est un haut lieu de production de café en Asie du sud-est. Mais comme dans les pays voisins, c’est le robusta qui domine, avec 95% de la production. Il est plus facile à cultiver, et correspond aux gouts locaux. Heureusement, il y a ces 5% restants qui sont des arabicas. Et pour le coup, l’arabica laotien est plutôt bon.
Nous sommes rentrés en début de soirée sur Paksé. Nous avons rendu la mobylette et suite à la fatigue engendrée par tous ces kilomètres en deux jours (550 kilomètres quand même !) nous avons décidé de reporter le départ à vélo d’une journée, et de se reposer le lendemain.
Mardi, la journée a commencé doucement. Nous sommes allés prendre notre petit déjeuner au marché, toujours chez la même dame qui sait maintenant ce que l’on commande et offre de l’eau chaude à volonté pour le nescafé de Pit !
Nous avons occupé notre matinée à réfléchir sur la suite de notre voyage. Nous nous rendons compte que nous allons avoir de grosse difficultés à nous rendre en Birmanie car les frontières terrestres sont fermées, que beaucoup de zone sont interdites aux étrangers, que nous n’aurions pas de possibilité d’utiliser la carte bleue suite à un blocus américain… ça commence à faire beaucoup ! Nous étudions donc toutes les possibilités, et celle qui est en train de murir en ce moment serait de retourner au Cambodge, pays que nous avons tant apprécié pour y découvrir l’extrême sud et donner de notre temps à une association… affaire à suivre…
La journée est devenue inoubliable l’après-midi ! En rentrant du déjeuner, nous nous sommes arrêtés devant le bâtiment du ministère de l’environnement laotien, voisin de notre guest house. Une fête s’y déroulait depuis le matin, en l’honneur de l’arrivée (vendredi) du nouvel an laotien (bouddhiste).
Tout de suite, nous avons été conviés à nous joindre à tous ces fonctionnaires ! Nous ne nous sommes pas fait prier bien longtemps ! Très vite, nous avons été arrosés avec un jet d’eau, c’est comme ça que l’on s’amuse pour l’occasion !
On s’arrose d’eau, chaude, ambiante ou réfrigérée de glaçons ! Un groupe d’employés s’est constitué autour d’une table avec nous, la nourriture a commencé à défiler mais aussi et surtout la bière ! Nous avons papoté, dansé, bu, rigolé, trinqué, et encore bu !
Les laotiens deviennent complètement fous lors des fêtes ! Dans ce pays aux coutumes si pures, le sexe n’avait plus de tabou, les femmes s’arrosant sous les jupes et arrosant les braguettes des hommes…
on s’est éclaté pendant 3 heures. On nous a accroché des porte-bonheurs aux poignets, certains agrémentés d’un billet !
Nous avons été reçus comme des rois, il y a avait toujours une personne qui s’assurait que l’on ne manquait de rein, une autre pour re-remplir notre verre, et une autre encore pour nous arroser bien sûr.
La fête a pris fin à 18 heures. Nous avons remercié chaudement toutes ces personnes qui nous ont fait passer ce moment mémorable.
La suite, il ne faudra pas demander à Pit de vous la raconter, le retour à l’hôtel fût le trou noir ! Il allait très bien à la fête, mais une fois dans la chambre tout s’est mis à bouger autour de lui… !
Alors forcément, ce matin (mercredi 11) quand le réveil a sonné à 5h30 pour monter en selle, nous avons décidé de reporter d’un jour de plus le départ ! Une journée pour s’en remettre, ça ne sera pas de trop !
(Au petit déjeuner...)
Mais quel souvenir ! Les gens ont vraiment été d’une gentillesse extrême, faisant tout pour partager ce moment de joie avec nous, deux inconnus accueillis comme des invités prestigieux !
Le départ sera donc demain jeudi pour deux jours de vélo en direction de Savannakhet.
A très vite
P & M